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ASSIETTE, EQUILIBRE et STABILITE


Vous voulez acheter un bateau et il est des qualités dont on vous parlera peu. Elles ne figurent pas dans la fiche de caractéristiques. Les essais abordent rarement la question. Pourtant, l'équilibre fait partie des qualités essentielles en matière de performances de sécurité et d'agrément. Un des premiers dériveurs intégraux exposés au salon de Paris allait se comporter comme un derviche tourneur dans le Mistral. Toute tentative pour descendre dans le vent était vaine. Au Salon de Monaco un grand chantier hollandais exposait un 34 m tellement enfoncé de l'étrave que plusieurs tonnes dans la soute arrière n'auraient pas suffit à le remettre d'aplomb. Les essayeurs des revues nautiques ne chargent pas un bateau comme vous aurez à le faire et n'ont pas souvent l'occasion de rencontrer toutes les conditions.


L'ASSIETTE

LA CHARGE

LES DONNEES DYNAMIQUES

L'EQUILIBRE A LA BARRE

UNE CARENE EQUILIBREE

CENTRES DE VOILURE ET DE DERIVE

LES VOUTES RASANTES

QUILLE LONGUE ET GOUVERNAIL SEPARES

LA RAIDEUR A LA TOILE
 
 


L'ASSIETTE

La ligne de flottaison doit correspondre à celle prévue. C'est un calcul exact, facile, long et fastidieux. Il faut entrer des centaines de facteurs et ne pas en oublier. Il s'agit simplement de mettre le centre de gravité du bateau au même point que le centre de gravité de l'eau déplacée pour la flottaison prévue (centre de carène). Pour un monocoque c'est d'autant plus facile que l'on peut jouer sur le lest à la conception. Le centre de gravité est généralement en arrière du centre de carène et le lest intervient comme le contrepoids d'une balance romaine. Pour une coque à moteur ou un multicoque c'est plus complexe. Le poids et le centre de gravité doivent être évalués avec exactitude dés l'avant-projet. Il faut ensuite respecter scrupuleusement le plan. On dit qu'un bateau est dans ses lignes lorsque la flottaison correspond à celle prévue pour une charge donnée. Il faut éviter d'équilibrer un bateau avec la charge (réservoirs, soute), surtout en latéral. Si vous voulez ajuster l'assiette de votre bateau, voici deux approximations assez précises :
Pour l'enfoncement en Kg par cm, vous calculez à partir des dimensions en mêtre :
(longueur à la flottaison) x (largeur à la flottaison) x 6,7 . Pour une flottaison de 10 m par 3.20 vous obtenez 214 Kg par cm.
Pour changer l'assiette de 1 cm à chaque extrémité, il faut multiplier le carré de la longueur à la flottaison par la largeur à la flottaison (en m) puis par 0,75. On obtient le moment nécessaire en mKg. (LFl ² x BFl x 0,75).
Pour une flottaison de 10 m par 3,20 m on obtient un moment de 240 m Kg Il faudra déplacer 240 Kg de 1 m. Pour changer l'assiette de 5 cm on multiplie par 5, soit 1200 mKg.
 
 

LA CHARGE

C'est l'élément complémentaire du précédent. En dehors des salissures qui pourraient envahir une ligne de flottaison faute d'antifouling, la charge a une influence considérable sur les performances. Il arrive de constater sur un voilier de croisière des charges approchant 50 % du poids du bateau nu à la sortie de chantier. Un bateau série de 13,6 T livré sans voiles ni équipement se retrouve à près de 21 T en charge avec tout le nécessaire et le superflu embarqué pour une traversée. L'enfoncement est de 23 cm. Le même bateau partant pour une course transatlantique avec 8 équipiers était enfoncé de 21 cm. Ils avaient débarqué les portes et le guindeau et emportaient le minimum. Sans aller jusque là, il faut savoir qu'un bateau sera souvent chargé à 25 % du déplacement lège et enfoncé de 8 à 15 cm. Par déplacement lège, il faut entendre le poids du bateau prêt à naviguer avec son matériel de sécurité réglementaire, mais sans aucun approvisionnement, équipage ou accessoires (livres, batterie de cuisine, annexe…). En d'autres termes, il est fondamental de concevoir un bateau pour son poids réel.
La charge a une grande importance pour l'assiette. Un petit bateau lège pourra paraître sur le nez alors qu'avec équipage, hors bord, coffres remplis il sera dans ses lignes. Des effets dynamiques jouent également un rôle considérable.
 
 
 

LES DONNEES DYNAMIQES

Le maxi CHARLES JOURDAN se cabrait en partant au surf entre 20 et trente nœuds. Pour accélérer, il fallait avancer les poids. D'autres au contraire ont tendance à enfourner. Sur DISQUE D'OR on a mis la soute à voile à l'arrière. Lorsqu'un bateau est en route, il est soumis à un ensemble de forces que l'on pourrait décomposer à l'infini. Tout ce que vous lui demandez, c'est de tenir facilement sa route avec une bonne vitesse moyenne. Si un certain nombre d'éléments sont bien connu et largement décrits dans tous les ouvrages : l'effet antidérive, la propulsion, la vitesse limite … d'autres sont rarement évoqués. La voilure, autant que la quille, une dérive ou le safran portent et ne font pas seulement ce qu'on leur demande. La voilure pousse vers l'avant et cette poussée étant appliquée en hauteur, un couple tend à mettre le bateau sur le nez. Sur un Micro, cela correspond à une différence d'assiette de l'ordre de 5 cm dans la brise. La quille produit une portance antidérive, mais son point d'application étant placé très bas, elle augmente la gîte et provoque un moment de roulis. Le safran vous fait gîter d'un bord ou de l'autre suivant le sens dans lequel vous l'utilisez. Si l'axe n'est pas vertical, un coup de barre aura pour effet de soulever l'arrière ou de l'enfoncer. La coque elle-même subit des variations causées par la vague qu'elle forme, par sa déformation à la gîte, par sa portance. Une coque gîtée devient asymétrique et ne va pas aller droit si l'on n'apporte pas de corrections par la voilure et les appendices. Il n'y a pas seulement la portance latérale ou la résistance à l'avancement. Si l'on calcule le volume d'eau déplacé par une coque en mouvement, l'on s'aperçoit qu'il est supérieur à son poids. Ce ne sont pas les principes d'Archimède ou d'Albert Einstein, mais plus simplement le fait qu'une coque engendre une portance dirigée vers le bas comme un parapluie rigoureusement à l'horizontale va tirer vers le haut.
Personne ne calcule tout cela. Pourtant toutes ces données font que les évaluations effectuées sur une coque en statique sont des points de repère et ne correspondent que de très loin à ce qu'il se passera en navigation. Ce sont des éléments de comparaison. Le reste, tout ce qu'il y a entre les calculs élémentaires et la réalité, constitue l'art de l'architecte naval. C'est très complexe. Aucun programme d'ordinateur n'est à l'heure actuelle capable de remplacer l'expérience acquise à la mer dans toutes les conditions et sur des dizaines de types de bateaux.
Le roulis rythmique sous spi met toutes ces données en jeu. Dans la brise il faut être assez habile pour garder le bateau sur sa route sans jamais donner de la barre dans le sens d'accentuer le mouvement. Le barreur devient funambule.
 
 

L'EQUILIBRE A LA BARRE

Le barreur débutant comprend vite qu'un bateau ne se dirige pas comme une voiture. Un bateau bien équilibré à la barre demande un minimum d'angle de barre. L'idéal consiste à obtenir au près environ 2° de barre au vent (barre franche tirée vers le vent). Si vous avez une quille longue, cet angle améliore la portance. Si vous avez un gouvernail séparé, la portance du safran s'ajoute à celle de la quille sans augmentation de traînée. Ce léger appui facilite le travail du barreur. Si vous avez trop de barre au vent, vous freinez le bateau. Dans l'axe c'est encore bon, la dérive apporte une bonne portance. Si vous dépassez 5° sous le vent, le gouvernail vous fait dériver en portant à l'inverse de la quille, la vitesse et le cap diminuent alors qu'à relancer constamment le bateau vous avez des difficultés à tenir la route. La seconde difficulté consiste à conserver cet équilibre quel que soient le vent et la gîte. Il faut alors bien doser la voilure et l'assiette.
Pour régler l'équilibre, on peut jouer sur la quête et quelquefois la position du mât. En le reculant le bateau lofe. En l'avançant, il abat. L'effet n'est cependant pas très sensible, il faut le conjuguer avec les réglages de voiles. La grand voile joue le rôle d'un gouvernail.
LA STABILITE DE ROUTE.
Le bateau étant bien équilibré, il faut donner le moins de barre possible. Chaque coup de barre est un coup de frein et les bateaux instables sont franchement désagréables. En compétition, cela peut retirer toutes chances de victoire à un bateau intrinsèquement rapide. En croisière, c'est invivable. Un bateau bien équilibré se barre à deux doigts, est capable de faire route barre amarrée du près au bon plein. Pendant longtemps il y a surtout eu des bateaux instables au portant, faute de s'en occuper sérieusement. En fait, on a travaillé la stabilité de route au portant avec les courses en solitaire et le développement des pilotes automatiques. Avant c'était du domaine des bateaux étroits à quille longue. Ils sont d'autant plus faciles à tenir avec un régulateur d'allure que la vitesse reste inexorablement faible et le vent apparent important. En dessinant le premier CREDIT AGRICOLE, j'avais mis deux dérives en plus d'un profond safran avec aileron. Bien qu'il ait remporté les quatre étapes du BOC et fini avec une semaine d'avance, il y avait un sérieux problème. Il marchait à 7 nœuds sous pilote par forte mer de l'arrière quand il pouvait filer 17 nœuds avec un barreur. Pour CREDIT 3, j'ai effectué des essais en bassin dont l'unique objet était l'amélioration de la stabilité de route au portant. Le problème étant d'obtenir une bonne stabilité malgré un tirant d'eau important. Ceci pour les questions de couple en roulis. En retirant les dérives fixes et en doublant le safran, le résultat était spectaculaire. Avec quelques autres mises au point, on pouvait amarrer la barre au portant sous spi le temps de faire des réglages ou aller à l'avant. Le pilote principal utilisé sur un tour du monde était un petit Autohelm entraînant la barre à roue par une courroie crantée.
Avec un champion à la barre, dans les courses avec équipage, un seul safran est préférable dans la plupart des conditions du fait de sa moindre traînée. Avec un pilote automatique, les deux safrans feront perdre un quart de nœud en vitesse pure dans le pire des cas, mais la moyenne sera largement améliorée. CREDIT 3 tout en alu a battu des bateaux tout en carbone et trois fois plus chers pour la simple raison qu'il allait droit.
Les doubles safrans possèdent plusieurs autres avantages déterminants :
· Ils seront moins profond à efficacité égale, d'où moins de couple au roulis.
· A la gîte, si le safran au vent sort de l'eau, le safran sous le vent sera immergé du haut en bas. Ce sera peut être moins que ce qu'il resterait d'un safran unique, mais il ne peut ventiler (création d'une poche d'air due à la dépression).
· On peut les incliner de telle sorte qu'à la gîte ils restent plus près de la verticale.
· Si l'un est endommagé vous gardez l'autre. C'est toutefois à relativiser car hors de la protection de la quille, il y a plus de risques.
En remontant la dérive d'un dériveur lesté, on améliorera la stabilité de route au portant. La présence du saumon allongé avec un centre de poussée haut placé facilite bien les choses. Sur un dériveur intégral, il faudra s'abstenir de relever complètement la dérive au risque de faire un zigzag d'un bord sur l'autre comme une voiture sur le verglas. Le dérapage est un frein autant qu'un élément d'instabilité.
D'une façon générale, plus un bateau aura un petit gréement par rapport à l'inertie du plan de dérive, plus il sera stable. Autrement dit, plus il aura de surface de safran loin de la quille, plus celui (ou ceux)-ci seront efficaces. Un déplacement léger est dés lors très avantagé dans la mesure où il portera moins de voilure à longueur égale. Plus rapide au portant, il subira un vent apparent moins fort. Sous spi, un 50' déplaçant 10 T et filant 18 nœuds porte la même voilure pour le même poids qu'un 42' de série plafonnant à 10 nœuds. L'un sera d'autant plus facile à barrer qu'il ira vite, l'autre ne demandera qu'à partir au lof.
Ces problèmes ne touchent guère les multicoques et les grands voiliers d'autrefois. La recette est simple : plus l'inertie du plan de dérive est importante et plus la coque est étroite, plus la stabilité de route sera grande. De toutes les dimensions d'un bateau, la longueur est le principal facteur de sécurité, de stabilité et de performances. Pour les 9 millions de francs que coûte un 60' Open tout carbone, on peut faire un 120' avec des matériaux usuels. Avec la même largeur et le même tirant d'eau, il ira beaucoup plus vite, en toute sécurité, avec en prime la hauteur sous barrots et un étai arrière. Sans qu'il s'agisse de règles, la première demande que l'on fixe à un architecte, c'est la longueur. Il faut prendre garde de ne pas lui demander d'y placer trop de choses. Les étraves verticales ne sont pas pratiques pour le mouillage. La coque coûte environ 1/3 du prix d'un bateau. Un allongement de 10% représentera un supplément de 3,3 %. C'est vite récupéré par la simplification que cela peut apporter en emménagements ou en installation mécanique. Si vous voulez un bateau de voyage, vous n'irez pas souvent dans les marinas payantes. Faites le bateau le plus long possible autour du volume dont vous avez besoin.
 
 
 

UNE CARENE EQUILIBREE

Mon Grand-Père a eu une Corvette. Un architecte naval qui a vécu cela très jeune est immunisé pour la vie. Ce sympathique petit croiseur en contreplaqué dont les formes préfigurent les tendances Néo-Z a un terrible défaut d'équilibre à la gîte. C'était d'autant plus notable qu'il gîtait facilement. Le près dans la brise se passait barre au ventre, façon musclée. Certains ont mis un beaupré, sans succès. A la même époque un 6 m J.I. très étonnant dessiné par Louis BREGUET pour lui-même naviguait à Deauville. Il avait une étrave très fine et profonde, au point qu'il fallait des écarteurs de haubans au niveau du pont. Cette étrave était associée à un arrière large et plat. Il fallait un palan pour barrer. Ted HOOD, célèbre Voilier et architecte a ses heures a tenté la même chose sur NEFERTITI (12 m J.I.) pour écarter ses rails de génois, il a fallu agrandir le safran. En bateau lourd le déhanchement ne pardonne pas. C'est le gros défaut des bateaux de course au large américains des années 50/60. Comme leurs voitures, ils avaient de gros moteurs mais ne tenaient pas la route. Dick CARTER a su résoudre le problème avec un énorme succès. Avec des déplacements légers, c'est plus facile car la déformation à la gîte remue beaucoup moins d'eau, eu égard à des moyens directionnels comparables. En étant sensibilisé au problème, on acquiert en naviguant sur de nombreux bateaux l'expérience nécessaire à établir des lois efficaces. Aucun ouvrage ou cours d'architecture navale n'en traite pour la bonne raison que peu de gens maîtrisent réellement ces questions. On pourrait, à force d'essais en bassin, en tunnel aérodynamique, puis par d'adroites simulations réussir à mettre en face différentes courbes de variation. Ce serait à peu près aussi vain que de décomposer la marche à pied. Une forme de coque est beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît et comme vous marchez, beaucoup copient sans comprendre. Les bateaux triangulaires à la mode en mini et en open ont un très bon équilibre à la gîte dans la mesure où ils se déforment énormément. Cette déformation vient contrer les tendances à partir au lof. On ne part pas en crabe, c'est déjà fait (effet chasse-neige). Au portant cela marche d'autant mieux que le problème d'équilibre est résolu. Il y a de la puissance à porter la toile et la voilure n'est pas limitée. Au près la marche en crabe est accentuée par la dérive et la voilure pousse moins ; rien ne va plus face aux bateaux à équipage taillés pour toutes les allures.
 
 
 

CENTRES DE VOILURE ET DE DERIVE

Ces centres représentent des données complètement abstraites. Ce sont les centres de gravité géométriques des surfaces. Le centre de poussée se trouve beaucoup plus en avant.
Grossièrement, une erreur corrige l'autre puisque ce sont deux plans porteurs exerçant des forces en opposition. Sur un avion à ailes rectangulaires sans flèche, le centre de gravité doit se situer entre 20 et 30 % du bord d'attaque alors qu'un centre de dérive se situerait à 50 %. Les centre de voilures et de dérive servent à équilibrer un bateau de façon purement empirique en mesurant la distance qui sépare les projections sur la flottaison par rapport à la longueur à la flottaison. Le centre de voilure est généralement 10 à 20 % de la longueur à la flottaison en avant du centre de dérive. Pour 10 m de flottaison, cela correspond à un écartun écart d'un à deux mètres selon le déplacement et la largeur. Cet écart permet de remettre les forces en opposition malgré la gîte (la quille part au vent et le gréement au vent). Sur un multicoque de croisière tout reste à plat, on peut se passer de tout décalage. Sur un multicoque de sport avec la coque au vent et la dérive hors de l'eau, il faudra pour équilibrer que le centre de voilure soit en arrière du centre de dérive. La poussée s'exerçant au vent de la coque.
 
 
 

LES VOUTES RASANTES

Un exemple d'erreur fondamentale est de croire que plus l'élancement arrière restera à près de l'eau, plus la flottaison va s'allonger. Cette peur de manquer oublie un facteur essentiel. La vague arrière. Par définition elle monte et si la voûte est trop basse, elle soulève le bateau. Du coup, il manque du volume plus en avant et le bateau part sur le nez pour ralentir, voire enfourner ou partir au lof. A l'inverse les petits culs des ARPEGE laissaient les bateaux s'inscrire dans la vague. Sur RUCANOR, un bateau de 57' dessiné pour la Whitbread, j'ai monté une voûte à pente variable pouvant aller de 9° à 20° de la flottaison sur 2,50 m. Des ballons se gonflaient entre une partie fixe et une coquille mobile articulée en bas et des palans mettaient l'ensemble en pression. C'est, je crois, la seule expérience de forme de carène évolutive jamais tentée. Si les responsables de la jauge ont eu tôt fait de l'interdire, nous avons pu choisir l'angle et mesurer son incidence sur les performances. Au largue, le fait de passer d'un extrême à l'autre faisait varier l'assiette de 9 cm à l'étrave. En plus de régler l'écoulement, cela jouait le même role qu'un trim sur un bateau à moteur. En définitive nous l'avons relevée près du maximum et l'ensemble a tenu sur un tour du monde. Le gain en stabilité de route et en performances au portant était largement supérieur au gain obtenu en l'abaissant au près.
 
 
 
 

LES APPENDICES

La forme de la quille et du safran a une incidence sur de nombreux facteurs :
- La flèche (inclinaison du bord d'attaque façon avion à réaction) retarde le décrochement et améliore la stabilité de route.
- L'effilement (réduction de la corde vers le bas) diminue le moment de roulis et la gîte.
· La longueur et la surface augmentent la stabilité de route et diminuent le tangage.
· Le profil de quille peut lui-même stabiliser en ayant peu de variations de centre de poussée suivant l'incidence. Dans ce domaine une grande quantité de profils aéronautiques ont été étudiés.
· Le profil de safran est plutôt choisi en vue de décrocher à de fortes incidence. Mais sa stabilité est primordiale afin de ne pas modifier son centrage vis à vis de la mèche.
· Un aileron devant le safran (skeg) a un rôle stabilisateur très efficace mais correspond à un supplément de coût en moulage polyester. D'où son abandon pour la série. Il peut être soit partiel en laissant une compensation de safran, soit total. Dans ce cas il doit être suffisamment grand pour que le safran non compensé ne rende pas la barre très dure, au largue notamment.
· Une ou plusieurs dérives arrières ont les avantages du skeg en permettant d'en supprimer les inconvénients. Le seul défaut est que la multiplication d'appendices réduit les performances et occasionne des complications supplémentaires.
· Le trimmer ou volet de bord de fuite de quille en vogue dans les années soixante permet d'ajuster l'équilibre mais son efficacité est réduite si l'on veut rester à de faibles angles pour ne pas trop nuire aux performances.
· Les ailettes de quille dans la mesure où elles sont associées à une quille longue à faible tirant d'eau améliorent la stabilité de route. Leur rôle lorsqu'un bateau est pris par une déferlante n'est pas évident. La portance négative peut retarder le chavirement autant qu'elle augmente l'effet croche-pied. Je n'ai eu connaissance d'aucune expérience en la matière.
· Le respect des profils à la construction est très important : la symétrie et la forme. Il arrive qu'un bateau soit instable sur un bord, que le safran décroche très tôt, que la barre soit dure alors que les mêmes exemplaires d'une même série ne présentent pas ces défauts. Une carène et des appendices très sales perdent en efficacité.
· Une grosse tripale devant le safran, c'est bien pour manœuvrer. Mais l'efficacité du safran est très perturbée. Les hélices bec de canard ou à mise en drapeau sont évidemment préférables. Les doubles safrans y ont encore un avantage en étant sortis de tout sillage.
 
 
 

QUILLE LONGUE ET GOUVERNAIL SEPARE

La quille longue, c'est la quille traditionnelle avec le gouvernail accolé. Le gouvernail séparé est apparu à la fin du 19° siècle dans le principe. Il aura fallu environ 70 ans pour qu'il s'impose vraiment. Sur les carènes classiques, la différence n'était pas évidente. Si un bateau est étroit, long et lourd. Le lest important sera près du centre et le fait de n'avoir qu'un appendice réduit la résistance à l'avancement. Pour avoir souvent barré les derniers 12 m J.I. de la Coupe América avec quille longue (Constellation, Columbia et American Eagle). Il faut admettre que non seulement ils étaient très rapides, mais incomparablement plus faciles à barrer que les premières unités à gouvernail séparé (France).
Sur les bateaux de course au large, il y a eu quelques précurseurs (Fox, Van de Stadt), mais cela s'est généralisé par Olin Stephens et Eric Tabarly. Tout s'est passé entre 67 et 71. Les dernières quilles longues de bateaux de série apparaissaient en Angleterre quand l'Arpège fracassait le marché.
Je viens de dessiner un 45' classique pour un ami d'Eric Tabarly. Eric voulait absolument que je mette une quille longue. Sur Pen Duick il trouvait en définitive que c'était beaucoup plus agréable à barrer. Les barreurs de Requins et Dragons comprendront. Il en a été franchement contrarié, mais je ne pouvais pas. Il était possible de faire un bateau un peu plus lourd et plus étroit mais on me demandait aussi une bonne stabilité de route sous pilote et la meilleure manœuvrabilité dans les ports. La stabilité de route avec une quille longue est inversement proportionnelle à la manœuvrabilité. Pesa un 10 m J.I. de 1911 que je viens de restaurer remporte cette année la Coupe des Deux Phares en temps réel et temps compensé. Avec 1 m de moins au pont, 3 m de moins à la flottaison et une quille longue, il a battu Pen Duick III de 5 h 30'. Pesa marche comme le premier Pen Duick, qui aurait ainsi battu sans coup férir Pen Duick II et Pen Duick III dans ces conditions (portant 5 à 20 nœuds). Voilà qui aurait relancé le débat.
 
 
 

LA RAIDEUR A LA TOILE

La stabilité latérale est un élément essentiel. La gîte est fonction du moment de redressement et de la voilure portée. Les bateaux qui portent toute la toile par force 6 sont plus souvent sous toilés que raides à la toile. La voilure mise à part, il faut de la largeur et un centre de gravité bas pour qu'un bateau soit puissant. Mais comme la largeur augmente considérablement la résistance à l'avancement, il faut de la toile sur les bateaux larges, ce qui les rend plus gîtards à performances égales que des bateaux plus étroits et lestés. Les ballasts à eau de mer peuvent aider, mais le volume occupé et le maniement constituent une sérieuse contrainte. La position du lest est moins fondamentale qu'on ne croit. Le moment de redressement n'est jamais que le produit du poids du bateau par la distance du centre de gravité au centre de carène en projection verticale. Descendre un lest de 50 cm ne le déplace en latéral que de 17 cm à 20° de gîte. Si ce lest constitue 25 % du déplacement en charge, le bras de levier de redressement (GZ) augmentera de 4 cm environ ; soit 10 % sur un 40' de croisière. Paradoxalement, un tirant d'eau très élevé n'apportera quelquefois aucune augmentation de raideur à la toile. C'est dû au moment de roulis abordé plus haut. La portance de la quille soulève le lest. A 10 nœuds au près avec 20° de gîte. Il m'est arrivé de constater que la poussée sur les patins d'une dérive de 4 T s'inversait de temps en temps. C'est également la raison pour laquelle les quilles pendulaires ne s'imposent pas forcément. En portant le lest au vent, on y porte également la portance de la quille. Après la Route de l'Or, des journalistes ont déduit qu'Yves Parlier a gagné sans quille pendulaire parce que son bateau était plus léger. Au contraire, une fois ballasté, il était nettement plus lourd. Un bateau chargé est beaucoup plus raide à la toile qu'un bateau lège.
Le domaine est très vaste et l'on ne peut l'aborder succinctement ou donner tous les secrets. C'est la base de l'architecture navale et l'élément par lequel on reconnaît les orfèvres en la matière. Les bateaux qui tombent bien dans leurs lignes à la mise à l'eau sont généralement les plus rapides et les plus fiables. C'est un métier, comme les beaux assemblages et les bonnes soudures.
 
 
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