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AMERICA'S CUP
Un système bien rodé


 


Les défis français vont par paires. Qu'il s'agisse de ceux de Marcel Bich en 12 m JI ou de Marc Pajot en Classe America : le premier est un coup d'essai, le second tire la leçon. Le coup d'essai vaut de perdre contre un bateau différent, la leçon porte à faire un bateau différent pour gagner. C'étaient le 12 m JI France 2 et les Classe America France 2 et 3. Du premier France 2 l'on disait que si le Président jetait sa casquette dans le sillage, elle suivait jusqu'au port. L'arrière minuscule entraînait de tels remous que l'on ne s'entendait pas dans le cockpit. L'autre France 2 est devenu le "porte avions" avec un arrière énorme.

L'histoire se répète. L'arrière des bateaux du défi AREVA n'est pas copié sur les plus rapides de la précédente coupe. Il y a une école française tellement marquée que si cela marche, tous les autres se seront trompés. L'expérience a pourtant déjà été tentée. Les responsables  sont encore là tiennent à prouver qu'ils avaient raison.

Sur les deux AREVA : La voûte* a un angle inférieur aux 12° maxi de la jauge, d'où l'exceptionnelle longueur de prolongement des lignes. Cet angle voûte-flottaison semble proche de 10°. Avec l'interdiction de formes concaves, les volumes sont réduits dans le dernier quart de la flottaison. Cela se retrouve dans l'ensemble des sections et une maigreur de l'arrière allant jusqu'au niveau du pont. La différence est frappante avec TNZ 60 sur les deux vues d'hélico. Le lest semble plus en avant, ce qui conforte l'option d'un centre de carène avancé ; déjà tenté en France. Le plan de voilure est nettement plus avancé que sur NZL 60, USA 65, ITA74 et SWE 63 : environ 80 cm à 1 m. Par l'avancement de la barre d'écoute, la voûte parait encore plus démesurée. Le pied d'étai est nettement en avant de
la flottaison. C'est pour partie la conséquence de l'avancement du lest et du voile de quille. Mais il semble que l'on ait aussi adopté un centrage de voilure très avancé par rapport au centre de dérive. La répartition génois/grand-voile est dans la norme. Un centrage de voilure avancé a pour effet de modifier la distribution de portance entre la quille et le safran. La tendance générale est à faire porter le safran pour bénéficier de son excellente finesse, dans la limite d'un angle d'incidence n'augmentant pas sensiblement la traînée (0 à 2° + angle de dérive). Le profil est alors choisi pour travailler à cette incidence, sachant qu'en virement de bord la voilure poussera l'arrière plutôt que l'inversion de portance sur le safran : d'où un gain en traînée et au vent. Les AREVA vont à l'encontre de ces réglage classique, d'autant que plus que le safran reculé réclame moins d'incidence à moment égal ou aurait autorisé un recul du
plan de voilure. L'étrave est plus inspirée de NZL 60 , sans être identique. L'une aboutit comme un tube de dentifrice et paraît "pragmatique clapot/tracé main" quand F 69, impeccable, paraît " bassin des carènes/lissage 3D". L'étrave française est épaisse  pour rechercher  de la longueur à la flottaison théorique, quand les autres sont affinées pour le passage dans un petit clapot. Les sections sont en U marqué, à l'inverse des formes rondouillardes de
NZL 60, vainqueur la dernière fois. C'était le choix de nombreux bateaux, les challengers jouant sur moins de résistance à l'avancement, le vainqueur sur une plus grande puissance à porter la toile et plus de facilités en évolution.

 En bref :
- l'avancée des poids augmente la déperdition d'énergie en tangage..
- La distribution des volumes de carène dynamique parait dictée par les
essais en bassin. A l'encontre de la tendance générale qui se joue depuis près d'un siècle.
- Le recul du safran réduit la vitesse de sortie de virement et augmente le
rayon de giration. C'est un handicap dans les manœuvres à bateaux rapprochés. La stabilité de route est améliorée avec un gain en tangage et en traînée. C'est le choix opposé à celui de TNZ 60.
- La longueur de voûte est forcée avec pour (petits) inconvénients le poids mal placé et plus de chance de se faire accrocher par l'adversaire dans les manœuvres au départ et tribords tangents.
- Fluo, c'est beau. Mais le moindre mouvement du bateau est très visible. La quille se voit très bien du ciel. Les autres se fondent à la mer. Les Italiens abandonnent le rouge.
- Le financement décisif est le même qu'en 1986. Personne ne porte ces défis avec son propre argent.
- C'est la politique du vase clos. L'esprit "bande à part" est resté intact tant sur le plan national que vis à vis des concurrents.

FRA 69 et FRA 79 sont les mêmes œufs dans le même panier. Le but semble plus de combler ce qui manquait à FRA 46 dans les sélections que d'aller vers l'avantage stratégique fondamental de NZL 60 : même
vitesse et supériorité en sortie de virements. Il est à craindre que tous le autres concurrents aient fait la démarche inverse. Ce sera une situation intenable. D'autant qu'un avantage en vitesse pure est plus qu'incertain.

Avant les premières confrontations, il est permis de voir que la mayonnaise n'a encore pas pris. Les options sont à l'opposé du projet Dauphin : bien gras là où les bateaux jaunes sont si maigres. Si des personnalités politiques cautionnaient un retour aux moteurs à l'avant sur les Formules 1. Personne ne s'étonnerait de les voir aller droit dans le mur.

* Voute : partie inférieure de l'élancement arrière surplombant l'eau.

http://www.coupe-america.com/photos/AC.htm


 



 
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